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Qui n’a pas encore découvert la Danse des Jeux ?

La Danse des jeux au Téléthon 2023

©Jerome Sessini

Sa propagation est en cours, à haut débit, et rien ne l’arrêtera ! Avec sa chorégraphie signée Mourad Merzouki, la « Danse des Jeux » a déjà gagné des milliers de classes, dans les écoles, les collèges, les lycées, et même à l’université. Et aux beaux jours, vous la verrez partout, dans les rues, les stades – et plus largement dans l’espace public. Dominique Hervieu, directrice de la Culture de Paris 2024, et Marie Barsacq, directrice Impact et Héritage pour Paris 2024, nous emmènent dans les coulisses de cette création festive unique. 

Quand on entend ces trois mots, « Danse des Jeux », on perçoit tout de suite l’évidence de la chose ; on se dit aussi que des précédents ont existé, mais sans forcément pouvoir les nommer. Dominique, vous qui avez dirigé la Biennale de la Danse, à Lyon, avec notamment son défilé iconique, quelles références avez-vous en tête lorsque vous entendez ces trois mots ?

Dominique Hervieu : Le désir d’une danse collective est quelque chose qui revient souvent lors des grands événements. Avec cette Danse des Jeux, qui porte le label de l’Olympiade Culturelle, nous allons revivifier ce désir, car de la même manière qu’il faut défendre le « vivre ensemble » et le « faire ensemble », il est important de promouvoir le « danser ensemble ». Pour moi, les trois sont liés, ils sont de même nature. Et oui, effectivement, des grands moments de partage collectif ont marqué les Biennales de la Danse, à Lyon. On peut aussi citer la « Danse l’Europe », que nous avions montée début 2022, pour la présidence par la France du Conseil de l'Union européenne, avec une chorégraphie d’Angelin Preljocaj. Deux ans plus tôt, pendant le temps du confinement, j’avais aussi impulsé le partage, cette fois sous forme vidéo, d’un ensemble de « suggestions chorégraphiques » créées par la compagnie d’Akram Khan. Ce projet participatif avait ensuite donné lieu à un court-métrage reprenant des extraits d’une quarantaine de vidéos reçues du monde entier. A chaque fois, l’idée est la même : partageons par la danse des choses que les mots ne peuvent pas toujours dire. C’est une utopie. Une belle utopie ! Evidemment, nous savons que nous n’allons pas résoudre tous les problèmes du monde en dansant 3 minutes 30, mais c’est une parenthèse enchantée, ainsi qu’une façon d’être au monde, malgré tout, et ensemble !

Marie Barsacq : Lorsque Dominique nous a parlé de ce superbe projet porté par le chorégraphe Mourad Merzouki, nous avons immédiatement fait le lien avec le dispositif « 30 minutes d’activité physique quotidienne à l’école ». Dans les fiches pédagogiques que nous remettons aux enseignants dans ce cadre, figurent quatre verbes : courir, sauter, lancer, et danser. C’est donc une chance pour nous de pouvoir intégrer cette Danse des Jeux à notre dispositif, et les tutos « clé en main » transmis aux enseignants rendent sa propagation facile et rapide. A titre personnel, je le vois avec ma fille, élève en CM1, qui apprend la Danse des Jeux dans le cadre de ces « 30 minutes d’activité quotidienne ». Sa classe a commencé par le « tuto facile », et maintenant que les enfants maitrisent bien les mouvements, la classe est passée au tuto supérieur… Autre motif de satisfaction pour nous : la possibilité de croiser cette Danse des Jeux avec une initiative portée, depuis 2019, par la Fédération française du sport universitaire (FSSU), initiative qui connaîtra un temps fort dans le cadre de la prochaine semaine olympique et paralympique du 2 au 6 avril 2024. Sous l’intitulé « Dansons vers 2024 », l’idée est de faire émerger des productions et programmations de projets chorégraphiques au sein des universités. Donc comme on le voit, cette Danse des Jeux s’adresse à tous les âges, des plus petits jusqu’aux étudiants, et elle le fait en s’adossant intelligemment à des programmes pédagogiques déjà en place. 

Nous venons de parler de la façon dont cet élan collectif, cette danse, va pouvoir atteindre tous les publics – notamment à travers les enseignants, qui ont à leur disposition des tutos de différents niveaux. Quels sont les temps, les étapes nécessaires, pour que cette « propagation » se passe de manière optimale ? 

Dominique Hervieu : Le temps 1, qui a précédé le lancement du projet, remonte assez loin dans le parcours qui me lie à Mourad Merzouki, un artiste que je connais très bien, et dont je partage les valeurs. Il a eu l’idée de cette danse, et lorsqu’il est venu vers moi dans le cadre de l’Olympiade Culturelle, il avait déjà sa chorégraphie, et donc une proposition très réfléchie. Puis nous avons échangé sur cette idée d’une danse pour tous les âges : dans sa classe, le petit de 7 ans apprend « la danse de Mourad Merzouki » et il est ravi, mais le danseur ou la danseuse plus expérimentée peut aussi s’en emparer, la développer, la prolonger. Nous voulions une danse qui permette une démarche d’appropriation par chacun. Au final, il y a donc trois niveaux d’approche : la chorégraphie plus simple, pour les enfants ; puis une sorte de niveau expert, plus compliqué ; et enfin l’étape supérieure, qu’on pourrait qualifier de danse « à la manière de », chacun pouvant développer son style à partir de la proposition de Mourad. L’Olympiade Culturelle étant très attachée à la notion d’innovation, je suis ravie que ce côté plus expérimental, plus « plastique » et donc protéiforme, ait pu être intégré au projet. 

Marie Barsacq : La transmission de cette danse – et des valeurs qu’elles portent – passe donc par les enseignants, mais elle est aussi fortement relayée par les fédérations sportives, l’USEP pour les écoles, l’UNSS pour les collèges et lycées, et donc la FSSU pour l’université. Or ce que nous disent ces fédérations qui interviennent en milieu éducatif, c’est que les enseignants, dans toutes ces catégories d’âge, sont ravis d’avoir ce nouvel outil. L’engouement est immense. Donc les temps de cette propagation sont multiples, et elle se poursuit avec beaucoup d’intensité, un peu à la manière d’un relais.

Dominique Hervieu : Nous pouvons d’ailleurs annoncer qu’il y aura une dimension compétition pour les étudiants du niveau universitaire, avec, au sein des académies, un système de qualifications pour parvenir jusqu’à une grande finale, à Paris, au Théâtre de la Ville, le 18 mai 2024. Dans ce lieu qui est le temple de la création chorégraphique, 15 groupes présélectionnés donneront leur version de cette Danse des Jeux devant un jury. Pour les élèves du primaire au lycée, un autre concours national est en cours, porté en lien avec le Ministère de l’Education nationale. Au terme d’une sélection réalisée par chaque Académie, 4 groupes « coups de cœur » viendront présenter leur création au Théâtre de la Ville - un groupe pour chaque niveau (primaire, collège, lycée), ainsi qu’un groupe issu d’un Institut Médico-Educatif (IME). On projettera aussi les meilleurs films consacrés à cette danse un peu partout en France… En fait, le projet évolue sans cesse : nous venons par exemple d’ajouter une dimension chantée au projet, et donc, la musique va être enrichie de textes, pour ceux qui souhaiteront ajouter cette dimension chorale… Ce grand projet évolue tous les jours : il sera ce qu’en feront les gens, collectivement.

La danse occupe une place très importante dans nos vies – et en particulier chez les enfants et les adolescents, pour qui TikTok sert de canal de partage et de diffusion. Pour autant, chez certains jeunes, peut-il exister une forme de verrou ? Une gêne, une résistance ? Et si oui, comment faire sauter ce verrou ?

Marie Barsacq : La danse est un acte par nature universel. L’école, de la même manière, est un droit universel, et le lieu le plus démocratique qui soit : tous les enfants la fréquentent, c’est l’espace du partage et de l’apprentissage. Alors en effet, nous avions bien à l’esprit que certains enfants pourraient ressentir une forme de frein, mais les premiers retours que nous avons en provenance des classes, c’est que la Danse des Jeux fait l’unanimité, et entraîne tout le monde dans le même élan.

Dominique Hervieu : Il semble évident que l’époque nous est favorable. Il y a trente ans, dans les cours d’école, rares étaient les garçons qui dansaient. Mais le mouvement hip hop est passé par là, et aujourd’hui, garçons comme filles adorent cette pratique. C’est par ailleurs un art ultra visuel : on se filme, on partage ces vidéos, on se pousse les uns les autres… Il reste bien sûr des enfants inhibés, ou simplement qui n’ont pas envie, mais comme la Danse des Jeux porte aussi une dimension apprentissage – avec des enjeux de coordination, de latéralisation, de mémorisation –, l’exercice est intégré au travail porté par l’enseignant, et peu à peu, même les enfants qui se pensaient « moins doués » réalisent qu’ils ont tout à fait leur place. Il y a un effet d’entrainement qui fonctionne à plein, et j’irai même plus loin : il y a un effet Jeux Olympiques ! Vous le verrez à partir du printemps : partout en France, des classes, des écoles et des petites troupes formées pour l’occasion vont partager « leur » Danse des Jeux avec le public. Pour ces enfants, cette danse est bien plus qu’un geste : c’est une expression. C’est leur façon à eux de dire : les Jeux, j’y participe. Il y a quelques jours, j’étais avec des enfants de Seine-Saint-Denis, et ils étaient tout fiers de me dire : « Nous, madame, on fait les Jeux ! »